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les miennes et celles de mon acolyte Jérôme Bailly ; ainsi qu'à notre projet commun, les horlogers du bruit.


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admirablement mixées !!!




lundi 4 juillet 2011

Kevin Ayers, chansons à boire et à rêver : Newsletter mois de juin

 .

Hello Radio-wave surfers/euses !


Je reviens vers vous pour vous présenter le Pierrot Lunaire de la pop psychédélique :

Kevin Ayers !!!





Un crooner fleur-bleue avec une voix suave dont le timbre rappelle Lou Reed en ses heures les plus sentimentales.

Un garçon qui aime le bon vin, les jolies filles, et le voyage :
-Et ces ingrédients suffisent à inspirer de jolies chansons, mi tristes mi gaies,
et qui vous emportent dans le Rêve.



Un paresseux, un dilettante, ce Kevin Ayers !!!
Ce gars déteste le pop business : Il préfère les bains de soleil en Méditerranée et le bon vin !!!
Et il a raison !!!

Les émissions des 1, 8, 15, 22, & 29 juin sont consacrées à cet incorrigible rêveur,
que l'on appelle aussi Guru Banana ou Docteur Rêve !!!



Les souvenirs d’une enfance oisive en Malaisie vont conduire Kevin à rencontrer un noyau de jeunes beatnicks anglais :

Avec leur mode de vie un peu bohème,
ils gravitent autour du déjà globe-trotteur Daevid Allen, et de Robert Wyatt.
et ils passent des heures, que dis-je ; des journées,
A écouter du jazz moderne,
A lire de la poésie beatnick, et à découvrir l’esprit Dada...
« 
Dada, c’est tout de même de la merde,
Mais nous voulons dorénavant chier en couleurs diverses
Pour orner le jardin zoologique de l’art
Dada est contre le futur. Dada est mort. Dada est idiot. Vive Dada.
 »



Les aventures de Kevin en musique commencent comme çà.
- Une moitié des musiciens fonde CARAVAN, un groupe de pop psyché un tantinet jazzy, mais un peu mièvre...
- L'autre moitié est un vivier de génies lunatiques : SOFT MACHINE

Robert Wyatt, batteur extraordinaire passionné de jazz, a une voix fluette incroyable, qu'il utilise comme une trompette : pour improviser...
Daevid Allen, avec sa guitare psyché, est une vraie graine d'agitateur :
Il va être refoulé à la douane lors de son entrée en Grande Bretagne pour une sombre histoire de papiers de séjours non conforme et de look déviant...
De retour en France, il va fonder le groupe Psyché-jazz GONG !!!


Voilà une photo du groupe avant le départ d'Allen :


Après çà, les Soft Machine deviennent les chouchous du Londres psychédélique, aux côtés du premier Floyd de Syd Barrett.
Souvenez-vous du Swinging London et de l’été de l’amour :
Des confettis et des fleurs bleues dans les cheveux ;
 
Les concerts gratuits à Hyde Parc,
Les jeux de lumières ( lightshows ) psychédéliques, au club UFO ; qui reproduisent les couleurs du rêve technicolor sous acide.
C'est l'époque où les musiciens pensent d'ouvrir la conscience en consommant du LSD
Des reflets mauves dans ton cerveau : Purple Haze are in my brain !!!


Il flotte une douce odeur de mari-jeanne
Et les sonorités acides de l’orgue électrique de Mike Ratledge nous vrillent les tympans : HYPNOTIQUE !!!



Kevin Ayers, après une tournée des States éreintante, en première partie de Jimi Hendrix,
avec qui ils rivalisent de décibels, va offrir aux Soft Machine un de leurs plus beaux hymnes :
 "Why are we sleeping", Ce qui signifie, "Pourquoi dormons-nous ?"

Kevin a été très marqué par les écrits du mage et guru Gurdjieff, qui affirme
que nous passons notre vie à dormir, à être assoupis, spectateurs de notre propre vie !!! 

Comment atteindre l’éveil ?!!!
Notre vie nous échappe et nous sommes des ombres
La vie est un rêve et nous ne sommes que des fantômes.

« 
Çà commence par une bénédiction et çà se termine par une malédiction
Rendre sa vie plus simple en la rendant pire
Mon masque est mon maître, soupire le trompettiste
Mais sa voix est trop faible, alors qu’il parle depuis son sommeil
En disant Pourquoi, Pourquoi dormons-nous ?

Les gens observent, ils scrutent la vie
En attendant quelque-chose qui est déjà là
Demain je le trouverai, crie le trompettiste
Et il se souvient qu’il a faim, et il se noie dans son rêve
En disant Pourquoi, Pourquoi, Pourquoi, Pourquoi dormons-nous ?

Ma tête est un nightclub avec des verres remplis de vin
Les clients dansent ou passent juste leur temps
Mais quand David étrangle sa guitare, les gens se mettent à hurler
Maintenant tout le monde crie : « Sors de mon rêve »

Pourquoi, Pourquoi, Pourquoi, Pourquoi dormons-nous ?
 »




Cette version est enregistré en 1970, après le début de la carrière solo d'Ayers.
Le bassiste/ chanteur y est accompagné par les Soft Machine en sextet :

La section de cuivres du Keith Tippet groupe est là (trombone, trompette, le sax d'Elton Dean)
et on peut entendre la flûte excentrique de Lyn Dobson, un disciple  de Roland Kirk,
qui aboie de joie dans sa flûte une sorte de scat histérique !!!


Et maintenant, on s'écoute Clarence in Wonderland,
Clarence au pays des merveilles, avec Lol Coxhill, au sax soprano enjoué,
et Robert Wyatt, qui fait l’andouille comme un damné avec une embouchure de trompette !!!



Voici les paroles de cette comptine psyché qui nous parle de soleil et de nanas !!!

« 
Allongé sur la plage comme Clarence au pays des merveilles,
J’ai fait un rêve et je pense que tu vas le comprendre
Je me promenai sur la plage,
Et j’ai rencontré une jolie demoiselle qui cherchait à s’amuser
Elle est venue vers moi et tout c’est mis à sourire
Et alors elle à di qqch, qui sonnait comme un violon
Viens, let’s go, on va dans mon château,
On pourra prendre du bon temps et boire plein de vin
Miss Juliette Kate, reine de la Lune
On reviendra souvent par ici ; Souvent par ici !!!
Elle m’a dit au bout d’un moment, il commence à se faire tard
Et alors je lui ai dit, « Attends, je serai ton élève si tu es d’accord d’être ma maîtresse »
Alors elle à sorti un flingue et s’ai vraiment mise à hurler
Ne joue pas avec moi, parce que je sais que tu es en train de rêver
Soudain, mes yeux se sont mis à faire pop et à cligner
Je ne savais pas pourquoi, mais je devais avoir pris un truc !!!
Juliette criait, et comme la lumière était éteinte,
Je ne pouvais pas me voir, et çà faisait vraiment peur !
Je savais que je devais m’en aller, mais c’était vraiment étrange : il n’y avait pas d’autoroute
 »


Kevin Ayers est une sorte d'alter-ego de Syd Barrett :
Les deux chanteurs lunatiques ne pouvaient pas ne pas collaborer.
Et voici "Singing a Song in the Morning", sous-titré "Religious Experience", parce que chanter, çà relie !!!


C'est une joyeuseté pop psychédélique à la mode année 60 : Indémodable dans son optimisme !!!
Voici les paroles :
"
Je chante une chanson le matin, je rechante la même le soir,

Je sais pas vraiment c’que je chante, mais çà m’fait me sentir allright yeah-yeah !!!
"




Et voici une chanson hommage à Barrett, écrite par Kevin lors d'une rêverie :

« Syd,
Tu es la plus extraordinaire des personnes
Tu écris les chansons les plus originales
Quand je t’ai rencontré, tu planais, et moi je me laisser flotter au grès des courants
C’était l’après midi

Quelle rencontre, j’étais ébloui
Nous étions environnés par les créatures des profondeurs
Tu as commencé à me raconter une drôle d’histoire,
Et je me suis endormi

Puis on est parti pour une promenade à travers la campagne
J’ai eu faim après avoir voyagé si loin
Et tu m’as offert ton seul et unique sandwich
Et j’ai dit « qu’est c’que t’es gentil »

Quel rêve çà a été !!!
 »



Vous l'aurez compris : Kevin Ayers est un excentrique, un raconteur
Avec une belle voix grave de crooner à la Lou Reed !!!
D'ailleurs, une de ses chansons nous fait beaucoup penser au leader du Velvet Underground !!!
Il s'agit de "Stranger in Blue Suede Shoes"

Le riff de Stranger In Blue Suede Shoes évoque le morceau Sweet Jane du Velvet et les paroles aussi :

Là où Lou Reed nous parle d’un banquier en corset un peu coincé et d’une secrétaire
Qui se dévergondent au son d’un bon vieux groupe de rock ;

Kevin Ayers nous raconte la manière dont un simple joint
Transforme un serveur obtus en baba cool qui s'affranchit des règles et prend la route !
 
« 
Je suis entré dans ce bar,
Et le serveur m’a refusé,
Il a dit : « on ne sert pas les étrangers et les yéyés en chaussure de daim bleu
La maison ne fait pas crédit et on ne laisse pas rentrer
On doit penser à ce que les gens pourraient dire

Il m’a fait un sourire écœurant et humide,
Et je lui ai offert une de mes cigarettes.
Il se l’est fumée, ayant un peu peur de paraître trop rude,
Et il s’est décidé à me vendre un peu de nourriture de seconde classe
Quel chic type !!! Ce genre là, tu peux en rencontrer partout !!!

Puis il s’est mis à dire :
" Oh pauvre de moi, j’ai souffert trop longtemps
Oh la lah, cette cigarette est vraiment très forte !!!
Ce n’est pas moi qui ai écrit ce règlement,
J’ai eu ce que je méritais,
Et je pense que toute règle doit être transgressée un jour ou l’autre
Prends ce que tu veux, çà ne me pose pas de problème,
Je travaille juste pour la compagnie "

Il tira une longue latte sur la cigarette verte,
Et il me dit :
" Je pense que je vais faire mon sac et préparer mes bagages
J’en ai assez de tricher, de me pourrir la tête,
Et de remplir de pain les sacs du patron.
Je veux sortir sous le soleil ou sous la pluie,
Et sentir à nouveau le vent sur ma peau
Le monde est vaste et j’ai le temps maintenant.
Merci encore pour cette cigarette,
Je me sens comme un homme neuf ! I feel like a new man !!!
C’est une belle journée, et je vais suivre mon propre chemin,
Je me casse d’ici, I’m getting the hell out of there !!! Et encore merci !!! "
 »

En 1970, après un premier album solo, Kevin remonte un groupe qui va flirter avec le free-jazz psychédélique : "The Whole World"





Il réunit là une belle brochette de talents :
- l'arrangeur et compositeur de musique classique contemporaine, qui va travailler avec Roy Harper, A-ha, Elvis Costello, Frankie Goes tro Hollywood, et Madness ; pour ne citer qu'eux !!!
- le bassiste et guitariste extraordinaire Mike Oldfield,qui va devenir célèbre en composant la musique de l'exorciste : Tubular Bells, et en proposant une sorte de musique folk psychédélique pour baba cool, pleine de flûtes irlandaises, de mandoline, et de percus.
- le saxophoniste de jazz et d'avant-garde Lol Coxhill, qui hésite toujours entre Jazz new orleans, pop, et improvisation bruitiste.

Cette formation légendaire a donné lieu à des concerts sublimes :
Merci Youtube pour tes archives !!!


May I :

Oh My :



Une belle impro à la Taverne de l'Olympia :



Une apparition dans l'émission pop 2 sur l'ORTF (archives de l'INA) : 



Mais même sans son Whole World, Kevin Ayers, c'est de magnifiques chansons superbement arrangées.
Ici, une chanson avec des partitions de flûtes et de cordes virevoltantes écrites par David bedford, himself !!!



Voici les paroles oniriques, de la plume de Kevin :

« 
Elle monte les escaliers à la lumière de la bougie,
Et alors la porte sans poignée se referme derrière elle
Elle place la lumière sur une chaise près de la fenêtre
Dit une prière alors que le vent souffle,
Puis elle se cache dans ses draps ;

Maintenant, elle est à l’abri de l’obscurité, hors d’atteinte,
Rien ne peut lui nuire, ou presque

Elle grimpe en haut d’une colline et découvre un colis
Elle déballe le paquet, et découvre un château à l’intérieur.
Le pont-levis est ouvert, et une voix qui sort de l’eau lui dit :
Bienvenue, ma fille, nous avons tous attendu ton arrivée

A quoi vas-tu rêver Lady Rachel ?
De qui vas-tu rêver cette nuit ?!!!
 »

Et voici une chanson en hommage au champagne : le Champagne cowboy blues !!!
Vous avez déjà vu, vous, un cowboy boire du champagne ???!!!

Non, un cow-boy, çà boit du Whisky ; mais voilà, le cowboy de cette chanson, c’est Kevin Ayers,
Qui écume les bars de son Angleterre pluvieux en rêvant des coucher de soleil de Luky Luke !!!

« 
Avec le champagne, je plane de nouveau et je pense à toi,
Il y a du soleil, ce vin fou, et de l’amour aussi...
Je pense avoir appris une chose, c’est que l’amour doit être libre ;
Tant d’énergie est gaspillée en jalousie gratuite
Tout ce que je veux, c’est penser à toi, et je ne m’en prive pas...
Goodbye vieux ch’val, merci pour l’usage de ton corps ; et au revoir !!!
J’espère que t’as pris du bon temps ; tu m’as aidé à tuer le mine ;
Alors Goodbye vieux ch’val !!!
 »

Goodbye Old Horse, Thanks for the use of your body, goodbye :
Goodbye vieux ch’val, merci pour l’usage de ton corps ; et au revoir !!!

On voit que les mœurs du sieur Ayers ne sont pas très catholiques !!!



Après cette chanson alcoolisée, en voici une sexuellement allumée : "Fake Mexican Tourist Blues"
Un blues perverti par des trompettes mariachi, et des Aye aye aye à la speedy gonzales !!!

Ce faux touriste mexicain, peu recommandable a, comme dirait Warhol, la banane en émoi
Souvenez-vous des sous-entendus de la pochette du premier Velvet :

Kevin Ayers nous vent toute sa famille, la mère de 40 balais, ses trois sœurs, et même son frère !!!
Pas cher, pas cher !!!

« 
Hé, monsieur, tu aimes bien ma soeur ?
Son nom est Juanita, je pense que tu pourrais aimer la rencontrer !
Elle aime bien l’aventure et boit tout le temps du whisky
Mais c’est vraiment un tigre ; elle va te dévorer !!!

Hé, monsieur, j’en ai une autre, de sœur,
Son nom est Dolores, elle est un peu bête et elle n’arrête pas de manger du Chili
Mais elle est vraiment sexy, ramène la à la maison dans ton taxi

Hé, mon frère, que penses-tu de ma mère ?
Elle a tout juste 40ans, et elle est particulièrement coquine
Elle connait bcp de trucs, et elle connaît les plus jeunes poules
Et si t’aimes pas ma mère, j’ai un frère vraiment charmant !!!
 »



Vous l'aurez compris, Kevin aime à jouir des choses de la vie :
C'est ce qu'il disait au micro d'un journaleux, même s'il ne les aimait pas, les journaleux !!!


« 

J’aime et je jouis des choses les plus sensuelles dans la vie,

Comme les bons vins et la bonne nourriture, nous confie Kevin...

J’aime l’élégance chez l’homme et l’animal

J’aime nager sous l’eau...

Déjà, il y a cette sensation physique : l’impression d’être léger comme une plume,

Pas de pesanteur sous l’eau...

Et puis, la sensualité de l’eau elle-même !!!

Mais au delà, être sous l’eau te donne l’impression d’être à l’intérieur

De quelque-chose de vraiment large et premier : élémental.

Dans une matrice, peut-être ?


Mais au dessus de tout, j’aime voyager.

J’ai voyagé en Asie, et en Afrique du Nord dès mon adolescence,

J’aime tt particulièrement les îles : la Jamaïque, les Caraïbes, Tahiti !!!

Take me to Tahiti !!!

J’aime le changement géographique car je n’ai aucune fierté nationale,

Aucun sentiment d’appartenir à un endroit ou un autre...

Çà n’est donc pas difficile pour moi d’absorber le mode de vie des gens,

Avec ses bons et ses mauvais côtés, ici ou ailleurs...

Je peux établir le contact avec les gens partout,

grâce à deux choses universelles,
la pêche et la musique, tout simplement !!!

Une partie de pêche sous l’eau, dans les eaux bleues de la mer des Caraïbes !!!

Des cocotiers, du sable chaud ; mmmhhh que c’est bon ! OH !!!


 Je crois dans le changement.
J’aime arrêter quelque-chose quand c’est devenu trop confortable et essayer autre-chose...
Autrement, j’ai l’impression de devenir un automate ; et je me sens mécanique.

Les gens qui se font accepter par les masses, dans le pop business,
Sont les gens qui suivent une direction linéaire et s’y tiennent...
Quand ils en dévient, ils perdent leur popularité.

Il existe une méfiance et une aversion évidente pour le changement,
Et cela, on l’observe partout et à tous les niveaux

Tout ce que tu fais est vrai, aussi longtemps que tu y crois !!!
Kevin Ayers refuse de la jouer pop star sérieuse :  Le pop business, c’est pas assez fun pour notre chanteur
C’est à peu près aussi pénible que de vivre enfermé en ville
Kevin rêve de voyage, Toujours LA Voyage :



Voici les paroles de cette chanson magnifique, qui condense la philosophie de vie,
la lebensphilosophie du sieur Ayers !!!

 « 
Vivre en ville semble me remplir de trépidation,
Plein d’agitation en mon fort intérieur

Trop de gros business, et tellement peu de célébration
Trop peu de célébration en fait

Alors, élevons nos voix et chantons pour nos vies
Chantons pour notre vie
Et hop élevons nos voix
Buvons à nos vies
Buvons à la santé de nos vies, mes amis, mes amis !!!

Trop de mensonges rassurants
Pour bercer la population, lullabye the population,
Bercer la population pour l’endormir
 »

Kevin Ayers a été un amant fougueux et passionné.
Ses textes s'en ressentent : notamment cet hommage à Nico, du Velvet Underground, avec qui il a collaboré et chanté sur le live 1974 avec Eno et John Clae, et sur son propre album, "The Confessions of Dr Dream & Other Short Stories" :

Jamais un poète n’aura posé de mots aussi poignants, sur la beauté glacée de Nico...



« 
Regardez-là, ainsi exposée ; à nu sur l’écran,
Dansant à sa manière ensommeillée,
Alors que toutes ses visions commencent à prendre corps,
Sur les glaces de notre décadence.

Des fleurs fanant dans les airs
Elle s’use et se déchire dans la souffrance,
Elle est étendue sous des cascades de rêves,
Et elle ne se demande jamais ce que tout çà signifie.

Et tout au long des dunes du désert
Elle erre toujours plus loin
La dernière chose que j’ai à essayer – elle dit -
Pour vivre je dois mourir.

Elle murmure tristement - je pourrais le faire -
Et elle se tient là, toute serrée contre elle-même,
Elle saute alors depuis une hauteur inconnue,
Puis elle se fond dans la nuit liquide...

Les amoureux enlacent son brouillard dans les fourrures,
Et lui font des promesses,
Mais quand ils la prennent par la main,
Elle glisse à nouveau dans les sables du désert

Mais ce qu’elle laisse est de glace
Et les amoureux l’adorent au passage,
Chacun dit – maintenant elle est mienne,
Mais tous boivent le vin de leur solitude.
 »

Kevin Ayers a-t-il été un amant heureux ?
Pas si sur !!! En tout cas, l'amour qui vous quitte, laisse des traces.

Et voici une superbe chanson sur l'amour en-allé :



Les années passent, et il est déjà trop tard pour mourir d'une mort tragique et Rock'N'Roll comme Jim Morrison, Janis Joplin et Jimi Hendrix : "Too Old to die young" est le titre d'une compilation d'enregistrement live à la BBC par Kevin...

Pour tripper un peu, on va vieillir de quelques neurones en s'écoutant "Irreversible Neural Damage", obsurci par la voix spectrale de la mère des gothiques = NICO :

Et c'est ainsi que ce termine ce post ultra-fourni.

Je reparlerai de Kevin Ayers sur ce blog, et dans mon émission,
dont je ne saurai trop vous recommander l'écoute :
http://radioscarpesensee.com/kozmikgroov.html


Bonnes découvertes et à bientôt sur les ondes ou sur la toile :

Votre dévoué : Dj Aurblor

dimanche 12 juin 2011

Portrait d'un Sage : Yusef Lateef et son blues de l'Orient

Hello Radio-wave surfers / euses



Cette année, aux alentours de noël, je me replongeait dans le blues de l'Orient de Yusef Lateef.
Ce multi-instrumentiste génial méritait un portrait soigné, tant l'homme et sa musique sont attachants :
Chez Yusef, le blues affleure toujours comme une bénédiction.
Il est joué au Haut-bois et aux flûtes, voir même au basson !!!



Yusef a le blues au cœur,
Et il nous raconte l'histoire de son peuple comme le ferait Archie Shepp :
en musique :

De l’esclavage dans la vallée du Mississipi et les champs de coton
Au ghetto urbain des villes industrielles du Nord des USA
C’est le même mélange de rage de vivre, de tristesse et de joie :

Les poumons gonflés par un jour de pluie, regarder au delà de l’orage
Le cœur alourdi par les chaines, traité comme du bétail,
L’esclave s’invente une âme en la chantant !

Ici, c'est Juba Juba : Une composition dédiée à William Henry Lane (1825-62), alias Mater Juba.
Un grand "minstrel" -c'est-à-dire un danseur de claquettes-.


Une mélodie touchante qui va droit au cœur ; inspirée par un chant de prison du Mississipi.
L’interprétation parle de souffrance et de liberté
Au travers du rythme des chaînes
Au travers de rythmes enchainés,
D’harmonies stériles,
Et des improvisations d’une flute qui se lamente,
Et de vocalisations ressenties profond dans le cœur,
Deep in your Heart !!!


Le Blues, Çà commence par les work songs, les chansons de travail
Et çà se poursuit dans le secret de la nuit, au fonds de sa case,
L’oncle Tom dialogue avec soi-même
Un dialogue qui ne doit pas être entendu, car il parle de souffrance et de révolte
Un cri !!!


Puis, on se raconte à soi-même les problèmes d’argent, d’alcool, la femme qui t’a quitté !
Dépasser sa souffrance en la chantant !!!


Ce cri du peuple du Blues va profondément imprégner la musique de Yusef Lateef
Ce saxophoniste a joué avec Dizzy Gillespie, Art Blakey, Charlie Mingus,
et Cannonball Adderley, le bon vivant !!!


Ci dessous, une vidéo de Yusef qui joue un blues en hommage à Coltrane aux côtés de Cannonball :
Un hommage à Coltrane : "Brother John" :



Après avoir sévi sur les ondes d'une radio du côté de Philadelphie en tant que Disc Jockey,
Joël Dorn va devenir le producteur maison d'Atlantic
Il va injecter de la pop, du groove, de la soul, des chorales gospel et des cordes un peu sirop
dans le jazz de Yusef Lateef, Roland Kirk et Fathead Newman...



Chaque album enregistré par Yusef pour le label Atlantic était une collaboration avec Joël
Joël Dorn définissait un concept, et Yusef jonglait avec : « Jette moi la balle, et je courrai avec »





The Blue Yusef Lateef est un album de blues hors norme :
Un blues cosmopolite qui empreinte aux musique du monde entier, et surtout à l’Orient, cher à YL
Voici les notes de pochette de l’album, écrites par Yusef :
"
L’Amérique est une Nation au sein de laquelle se combinent délicieusement
A peu prêt tous les groupes ethniques qui existent dans le monde.
La musique de cet album est un effort pour illustrer
L’impact que chacun de ces groupes a eu sur l’Amérique en termes d’expression artistique.
C’est aussi une combinaison d’émotions et de pensées uniques ; pleines de personnalité et de sens,
Et, nous espérons, présentée dans des formes musicales assez familières
Pour que les cœurs puissent se rassembler ; Let’s get Together !
Le monde qui aime, vit !
"



L'album Detroit, c'était un album photo, des souvenirs vivants, du cinéma pour tes oreilles !!!

Yusef profite d’une section rythmique groove pour nous transporter dans la ville de son enfance,
La pulsation d’une ville qui résonne du son
- des bonimenteurs de la place du marché
- des chorales gospel qui dansent et chantent avec une ferveur à faire swinguer les murs
- des marching bands avec leurs tambours,
etc...

Dans son autobiographie, Yusef relate les souvenirs qui lui ont inspiré ce morceaux :
"
Tous les dimanches sur le marché de l’Est de la ville !
C’est jour de fête, c’est jour d’affaires pour les fermiers qui vendent leur marchandise à la criée !
Œufs frais, volaille, légumes frais, fruits, et encore des fruits, du miel, et du cidre de pomme,
Venez par ici !!!
Les visages réjouis,
Les gros bras sont chargés de sacs de courses !
La joie d’un enfant à qui on a offert un ballon.
"




La pulsation d’une ville qui vrombit du bruit des moteurs, des klaxons, et des fanfares de rues !
Crosstown Traffic !!!



D'autres souvenirs d'enfance :

En rentrant de l’école Russell School, où il étudiait alors...
La fenêtre d’une église pentecôtiste, peinte en noire;
Il ne pouvait pas voir à l’intérieur, mais il passait chaque jour à côté,
« 
Je restais des heures devant l’église pour écouter, après l’école !
Les jeunes étaient attirés à cause de la musique et de la danse !
C’était très vivant !!!
Un jour, G accepté de jouer dans une de ces églises,
Et nous avons reversé l’argent au profit des enfants pauvres du quartier
 »

Chaque jour de commémoration, Yusef allait sur l’avenue Woodward pour voir et écouter
Les tambours des marching bands et des fanfares de rue !!!
"
Le groupe de Raymond Winchester,
Avec sa batterie faite d’un peigne et d’une boîte
Et sa basse fabriquée avec une baignoire, un manche à balais et de la corde !!!
Des sons produits à l’instinct,
Des sons qui entrent en contact avec l’ultime, avec l’essence même de l’humanité
Vrais, honnêtes et purs !!!
"



Joël Dorn se souvient  des sessions TRÈS PARTICULIÈRES pour " Detroit "

"
Pour le troisième album de Yuef sur ATLANTIC, je voulais l’enregistrer
Avec une section rythmique plus « commerciale », plus groove, plus électrique ;
Avec des musiciens de studio au top  du Rythm & Blues tels que Eric Gale et Richard Tee ;
Mais Yusef voulait jouer avec ses gars !
Après maintes discussions, nous sommes arrivés à un drôle de compromis :
Au lieu d’enregistrer avec l’une ou l’autre des sections rythmiques selon les morceaux,
Yusef a décidé de jouer avec les deux sections rythmiques en même temps !
Deux bassistes, deux batteurs, etc...
Même si je n’avais alors qu’une expérience limitée du studio, quand Detroit a été enregistré
Mes quelques essais de combinaison entre des musiciens de jazz et des requins de studio R&B avaient un goût de mélange d’eau et d’huile :
Le mélange ne se fait pas !!!
Mais j’avais tellement insisté pour que Yusef utilise des musiciens de studio,
Que je ne pouvais plus refuser sa proposition !
La première heure de la première session d’enregistrement a vraiment été dure !
Rien à faire, la mayonnaise ne prenait pas : rien ne se passe !
Et alors, pour aucune raison apparente, tout d’un coup, c’est le déclic, et puis : boom !
On s’est mis a enregistré un morceau de l’heure !!!
Dans la vie, faire des compromis, c’est un signe de maturité,
Mais en art, le compromis ne fonctionne pas, en général.
Mais d’une manière où d’une autre, sur cet album, çà a marché !
Le résultat a d’ailleurs bien plus de Yusef que de moi-même.
"

N’oublions pas que la ville de Detroit est le berceau des studios MOTOWN !
Les extraits de la biographie de YL et les notes de pochettes rédigées par sa femme Saeeda
Laissent entrevoir la vie intense et colorée de cette ville cosmopolite avant la crise.
Mais ne nous y trompons pas, la condition des noirs à Detroit n’était pas des plus facile,
Même durant l’âge d’or de l’industrie
Et quand les blacks bossaient dans les fonderies,
Ils avaient toujours les jobs les plus dangereux et les plus durs !
Pour nombre d’entre eux, c’était Pommes de terre au menu tous les jours !!!
Tout çà, Çà t’apprend à vivre au jour le jour,
A chaque jour suffit sa peine !!!


Live Humble

Vivre humble, c'est le titre d'un morceau de l'album "The Diverse" Yusef Lateef




Vivre Humble, c’est rester attentif aux autres, ne pas chercher la supériorité,
Mais la compassion, l’ouverture, la disponibilité.
Après avoir passé une bonne partie de sa jeunesse à distribuer des colis de nourriture aux pauvres
Yusef est bien placé pour nous parler d’Humilité :

Il s’est payé son premier saxophone en travaillant toute sa jeunesse :
En vendant des journaux et de la camelote à la criée dans les rues de Detroit.
Et il distribuait des paquets de nourriture aux pauvres dès l’âge de 9 ans !
Lors d’une interview, on lui posait la question : d’où te vient cette compassion pour l’humanité ?
Yusef répondait :
« 
Çà m’est venu à l’âge de 9/10 ans.
Les pompes funèbres de Detroit distribuaient alors
Des sacs de nourriture aux pauvres dans le voisinage.
Le croque-mort mettait les sacs dans le camion, et je m’occupais de distribuer les sacs aux gens.
Je n’ai jamais oublié l’expression de leurs visages quand je leur donnais un sac !
Ces visages remplis de joie et de reconnaissance m’ont profondément touché et sont restés avec moi !
Il y a un vieux proverbe qui dit : « la mais du donateur est meilleure que celle du receveur »
Donner, cela stimule ta nature spirituelle...
Tout le monde à çà en lui, et c’est en donnant que l’on reçoit le plus !
J’essaye de maintenir ma nature spirituelle en aimant
Mes enfants, ma femme, mon voisin, et l’homme de la rue.
Quand j’étais sur la route avec mon groupe dans les 70’s, on a joué gratuitement pour les orphelins.
J’essaye d’aider les enfants, car ce sont des gens très particuliers...
 »



Yusef était un amoureux de la nature :

C'était un enfant introverti, contemplatif
Il est devenu un jeune homme travailleur, serein, réfléchi,
Et toute son œuvre est empreinte de spiritualité,

« 
J’étais un fils unique, j’ai donc passé des heures seul avec moi-même.
Le fait de grandi seul m’a rendu plus sensible et plus éveillé à la nature :
Les papillons, le ciel et les arbres.
En fait, je trouvais les fleurs, les fourmis et les sauterelles très distrayantes !
A ce moment, je ne réalisai pas encore que toutes ces choses participaient
Du grand phénomène de la Création.
Je m’émerveille toujours de la nature
 »

Le voici sur en live à la flûte sur une des rares vidéos vintage disponibles sur Youtube :

Une question : Yusef joue-t-il du jazz ?

Eh bien non !!! Trop de connotations négatives pour ce mot issu de l’argot black
Et dont le sens premier est baiser :
Les pianistes de la NO jouaient dans les bordels pour rythmer
Les ébats de ces messieurs blancs avec leur prostituée noire
Quand elle en avait marre de son client, elle disait au pianiste : « JAZZ IT UP !!! »

Pour Yusef, le jazz est un mot insultant, qui diminue celui qui joue
C’est comme parler de bouffe à propos d’une nourriture raffinée
Pour parler de sa musique, Yusef parle d’Autophysiopsychic
Une musique basée sur qui parle au corps, à l’âme et à l’esprit de l’auditeur...
« 
Il existe une communication entre l’artiste et l’auditeur,
Et j’espère que tous les deux deviennent meilleurs et son enrichis par la musique jouée !!!
Pour moi, la vie est un phénomène d’éblouissant,
Et toute la création, les plantes, les animaux et les hommes, font parti de ce phénomène
Je désire que ma musique éveille les gens à qqch qui est déjà en eux, dans leur cœur
Il s’agit de donner de la force et de stimuler leurs émotions et leur âme
Mais si la musique est une extension de mes sentiments et de mes conceptions,
Ce n’est pas que moi, c’est un courant qui me dépasse !!!
Le son passe au travers de moi !
Par exemple, j’entends une voix merveilleuse qui chante, et je joue autour de çà.
Mais ce n’est pas cette personne qui chante qui m’inspire,
C’est la personne qui a créé la musique, c’est donc, en fin de compte, Dieu !
Je crois profondément que c’est Dieu qui te fait pleurer quand tu expérimente la Beauté !
 »



Voici un morceau très "autophysiopsychic" : Bellow Yellow Bell :




Bonnes découvertes !!! Bénévolement votre, le radio-actif Dj aurblor !

dimanche 29 mai 2011

Spéciale Don Cherry

Hello Radio-wave surfers/euses ;


Je vous retrouve après de longs mois d'inactivité sur ce blog pour vous parler d'un musicien que j'affectionne tout particulièrement : Don Cherry.

Dès le 27 avril ; et ce pour 5 mercredi soirs,
Le soleil printanier réveillais nos ardeurs les plus folles,
Et je vous proposais un voyage en musique en compagnie de ce musicien hors du commun :
Un homme qui est de toutes les rencontres et de tous les voyages !!!



Après ses débuts aux côtés du saxophoniste free Ornette Coleman ;
Voici sa discographie en solo au cours des 70's, lorsque l'animal initiait un world jazz épicé :
C’est à la conquête de la liberté, du Fruit défendu et des parades nuptiales du Free,
qu'il nous emmène, ce fils de noir américain et d'une indienne cherokee (comme Jimmy !!!)

Le Free Jazz, Çà copule fiévreusement, çà crie, çà chante, çà éclabousse,
Avec un son énaauurrmmme !!!!
C'est la grammaire de la liberté et de la transgression que Don a apprise
Aux côtés du pape du Free-Jazz Ornette Coleman

L’harmonie n’a plus d’importance, elle est ignorée !!!
L’important, C'est le son, le cri !!!
From Don Cherry


La mélodie n’est qu’un point de départ pour l’envol des solistes
Et un point de ralliement avant de repartir pour la jungle, pour le cosmos !!!
La pulsation régulière du swing, le Beat, explose !!!

Le Beat explose pour se transformer en pulsation fractale, en polyrythmie africaine
On s’éloigne résolument de la musique calme et polie des culs blancs
On évacue toute référence occidentale...

Le Free Jazz est un courant musical dont les artistes sont très Black Power !!!
Halte aux racistes, Oui à la communion des opprimés, de par le monde entier !!!
Les colonies acquièrent leur indépendance,
Et en 1969, C'est le festival Pan-africain d’Alger...
Des musiciens de Free américain improvisent en compagnie de musiciens traditionnels algériens.
Africans Unite !!!

Résultat : Don enregistre Mu en compagnie d'Ed Blackwell
Un superbe album en duo ou Don chante comme un griot, joue du piano et de la flûte de bambou...


C’est un début :
Le Free Jazz s’ouvre aux rythmes et aux harmonies des folklores du monde entier,
Dans leur simplicité brute ;
Mais il refuse de les copier !!!

Un des premiers manifestes free-world de Don est Eternal Rythm :
Le rythme est éternel, la musique aussi :
Elle ne s’arrête jamais, C'est toi qui arrête de vivre, d’être EN !!!
Nul ne peut briser l’élan des rythmes libres, il te rattrape là où tu l’attends le moins !!!

From Don Cherry albums



Eternal Rythm, çà commence par un duo de flûtes :
Une flûte de Bambou et une flûte en bois de la baie du Bengale en Inde
Un duo de flûtes jouées par : Don Cherry !!!
Mais comment fait-il ?


« Bcp de musiciens ont voulu me copier », nous raconte Don.
« Ils me demandaient comment je faisais çà. Mais il n’a rien à voler, çà ne m’appartiens pas !!!
Ce n’est pas ancien, ce n’est pas nouveau : tu peux voir çà sur des vases grecs !!!
Le Dieu Pan l’a fait, c’est éternel !!! »

Voici un extrait de MultiKulti, un excellent concert filmé et dispo en DVD...


Don Cherry, notre héros d’aujourd’hui, est un trompettiste de Free-Jazz,
Les musiciens de Free proposaient une musique en chantier perpétuel ;
Une musique instable, jamais rassurante...
Ces musiciens exploraient leurs propres racines,
Et les tréfonds de leur âme rêveuse ou tourmentée
En désapprenant, et en transgressant les codes préexistants.


Dans le Free-jazz, l’instrument n’est pas sensé se contenter de jouer des notes
L’instrument est un medium, qui renferme tout un spectre de sons animaux et effrayants,
Allant du simple murmure au hurlement qui déchire les entrailles !!!

Une mer qui charrie avec elle les ébats de toute une faune sous-marine :
Une faune de grognements, de hurlements, et de cris de jouissance :
Une sorte d’orgasme furieux, de guerre supersonique !!!


Il s’agit d’avoir recours à l’intuition et à l’amateurisme ;
pour amplifier l’émotion jusqu’à la transe !!!
Le Free-jazz est à la musique ce que l’expressionnisme est à la peinture !!!
Il s’agit de désapprendre, de prendre des risques, de se mettre à nu !!!




Et maintenant : "Moving Pictures for the Ear" : un véritable cinéma pour les oreilles, on pouvait entendre :

Un duo entre Christer Bothen au Dousso N’Koni,
Et Don Cherry à l’harmonium et au chant :



Le Dousso N’Koni est la harpe du chasseur malien :

C'est le suédois Christer Bothen, de Götborg, qui l'a ramené de voyage.
Après avoir commencé par jouer du piano de manière peu orthodoxe,
en produisant de curieux motifs rythmiques répétitifs sur le clavier
Il part au Mali pour être initié, mais les débuts sont difficiles :
Les chasseurs sont sceptiques, mais au bout de quelques temps,
Il accrochera un gris-gris à son instrument et recevra la bénédiction de ses initiateurs

From Don Cherry

Après avoir joué avec Christer, qui va fonder le Bitter Funeral Beer Band ;

Don Cherry va s'approprier le Dosso'N Goni, comme en témoigne cet extrait de MultiKulti :



Mais parfois, le rythme du Free empreinte aussi aux cadences simples du folklore ;
Ou plutôt des folklores : de l’Orient, de l’Afrique, et de l’Europe.

Ici, Don est ici accompagné par Bernt Rosengren au taragot,

Le taragot ? Un instrument répandu de la Turquie aux Balcans,
Une sorte de clarinette en bois qui sonne comme un sax soprano 



Fils d’un père noir-américain et d’une mère Cherokee, Don épouse une lapone : Moki
Ses enfants s’appellent Neneh et Eagle Eye... Cherry !!!
Ah, j’en vois qui dressent les antennes !!!


Comme beaucoup de trompettistes, Don Cherry est un chanteur frustré...
Il va se distinguer des autres artisans du Free par son goût pour le chant et la ritournelle.
Sa voix enfantine récite des mantras comme un bonze tibétain,
Oui, sa voix profonde de griot africain, convoque des esprits connus et inconnus :

Don Cherry se met en transe, il devient shamanimal, et communie avec l’ombre monde !!!
Sur Sita Rama, on peut entendre ce chant de gorge, rauque et primitif,
Mais on entend aussi les mantras de l’Inde :



Désapprendre à jouer, redevenir un enfant,

Prendre des risques, se mettre à nu !!!
Préférer l’instinct et l’amateurisme à la préméditation

Être spontané pour amplifier l’émotion
Refuser les sons électriques, racler le bois, pincer le métal, redécouvrir le spectre de sa voix
Chanter comme un inuit, dedans la gorge, profond !!!
Cesser de jouer des notes !!!
L’instrument jouet, l’instrument rudimentaire des origines de l’Homme
Quand l’Homme était encore un grand enfant qui apprivoisait la matière,
Explorer ses propres sens comme au premier jour...
Des sons qui rajeunissent le monde !!!



Au cas où vous n'auriez pas saisi le caractère profondément mystique de l’œuvre de Don Cherry,

Je vous rappellerai que l'homme n'a cessé de recherché la communion avec la terre mère,
et que pour lui, la musique est un moyen de communier avec son public
dans une célébration de l'instant :

Voici donc Desireless :

L’objectif ultime que l’on poursuit, quand on est boudhiste tantriste,
C’est de communier avec le Grand Tout, et d’atteindre l’éveil, le nirvana...
Libre de tout ego, de tout désir, de toute contrainte, abandonné à l'instant...



Pour terminer cet hommage à Don Cherry en ces pages,
J'évoquerai le magnifique duo entre Don et Latif Khan : l'album "Music Sangam"

Latif Khan est un génie des polyrythmies aux percussions indiennes : les tablas...
Une sorte d'alter-ego indien d'Elvin Jones...

From Don Cherry



Voici "Air mail" :
Ecoutez la galopade du Dousso N’Koni, cette harpe basse africaine des chasseurs maliens bambara
Ecoutez la trompette chantante de Don Cherry entre roucoulade et cri animal,
Ecoutez les vocalises enfantines du demi-cherokee...


Et voici maintenant une réinterprétation toute personnelle du Gamelan :

Le Gamelan est un ensemble d’instruments, de percussions, de métallophones et de flûtes
Qui nous vient de l’île indonésienne de Java

L’exécution de cette musique par des moines bouddhistes, obéit à des codes très stricts
Cette musique rituelle conduit ses auditeurs vers la jubilation et la transe,

C’est une musique mystérieuse qui rythme les spectacles d’ombres chinoises.



Ici, les pianos électriques et acoustiques se substituent aux sons réverbérés des métallophones,
Et les tablas viennent assumer la fonction rythmique
Au travers des overdubs, Don Cherry superpose les couches de claviers,
De flûte enchantée et de trompette chantante.




Et pour finir, un véritable tour de force de Latif aux tablas !!!
Don joue de l'orgue minimal à la manière de Terry Riley, avec qui il a d'ailleurs collaboré...


Pour terminer, un documentaire sur une radio suédoise, pour les plus anglophones d'entre vous :



Bonnes découvertes !!!

Bénévolement votre, le radio-actif Dj aurblor !!!